Tous les articles
10 avril 2026 Pratique notariale 4 min de lecture

Notariat au Québec : les chiffres qui expliquent pourquoi le recrutement ne suffit plus

97 000 transactions, 3 900 notaires, 0 % de chômage chez les techniciens juridiques. Les données qui expliquent la pression sur les études notariales québécoises.

L'équipe

Mentor AI Notaire

Notariat au Québec : les chiffres qui expliquent pourquoi le recrutement ne suffit plus

Un chiffre qui dit tout

Le taux de chômage des techniciens juridiques au Québec est estimé à 0,0 %. Selon les données du Gouvernement du Québec , le bassin compte environ 6 000 professionnels — et ils sont tous occupés.

Ce n’est pas un problème temporaire. C’est un état structurel du marché.

Selon Robert Half (2025) , 98 % des recruteurs juridiques rapportent de la difficulté à trouver des candidats qualifiés. Et 67 % des gestionnaires juridiques canadiens affirment que la situation s’est détériorée par rapport à l’année précédente.

Pour les études notariales de taille moyenne — celles qui traitent entre 50 et 200 dossiers par mois — cette réalité est un frein à la croissance.

Un problème que les notaires connaissent trop bien

Si vous dirigez une étude au Québec, le scénario est familier. Une technicienne compétente annonce son départ. En quelques semaines, ce sont des mois de savoir-faire qui s’envolent : les procédures internes, les particularités de tel registre foncier, la relation avec tel créancier hypothécaire.

Le recrutement commence. Les candidatures se font rares. Les profils qualifiés sont sollicités par plusieurs études en même temps. Pendant ce temps, la charge retombe sur une équipe déjà bien occupée.

Et quand vous trouvez finalement quelqu’un, la formation prend du temps. Six à douze mois avant qu’un technicien soit pleinement autonome. Pendant cette période, le risque d’erreurs augmente, la productivité baisse — comme nous l’avons illustré dans Le vrai coût d’une erreur de vérification .

Les domaines les plus touchés? Le droit immobilier, le droit des affaires, le droit commercial et le droit bancaire — exactement là où les études notariales opèrent.

Le vrai coût n’est pas le recrutement

Le coût le plus important n’est pas l’affichage de poste ou le salaire de départ. C’est la mémoire institutionnelle qui disparaît à chaque départ.

Qui savait que tel registre foncier en région exige un document supplémentaire? Qui connaissait les particularités de tel type de transaction? Ces savoirs informels, accumulés sur des années, ne sont documentés nulle part. Ils vivent dans la tête des gens — et partent avec eux. Nous avions exploré cet enjeu dans Pénuries de techniciens juridiques : le défi silencieux des études .

Pour quantifier l’enjeu : au Québec, 97 214 transactions résidentielles ont été enregistrées en 2025 selon l’APCIQ. Chaque transaction passe par un notaire. Chaque dossier implique des dizaines de documents et des heures de vérification. La Chambre des notaires décrit l’examen des titres comme « l’étape qui requiert le plus de temps et de diligence de la part du notaire ».

Quand l’équipe change, c’est toute cette machine qui ralentit.

Ce que les chiffres nous disent sur la suite

Les données de Clio (Legal Trends Report 2025) indiquent que 74 % du travail facturable à l’heure dans le secteur juridique pourrait être assisté par l’intelligence artificielle générative. Thomson Reuters (via 2Civility) estime à 5 heures par semaine le temps que chaque professionnel pourrait économiser grâce à l’IA.

Ce ne sont pas des projections futuristes. Ce sont des mesures prises sur des professionnels en exercice, en 2025.

La question pour les études notariales n’est plus « est-ce que l’IA va changer notre pratique? » mais « comment s’y préparer sans compromettre la rigueur qui fait notre métier? » — une réflexion que nous avions amorcée dans L’IA au notariat : au-delà des prompts ChatGPT .

Repenser le modèle, pas remplacer les gens

La solution à la pénurie ne passe pas uniquement par le recrutement. 90 % des leaders juridiques augmentent déjà leur recours aux professionnels contractuels. 97 % estiment que des ajustements salariaux sont nécessaires. Mais ces mesures traitent le symptôme, pas la cause.

La cause, c’est que la qualité d’un dossier dépend entièrement de qui le touche. Et que les professionnels se fatiguent face à ces défis. Il est difficile d’accélérer la production en misant uniquement sur de nouveaux recrutements.

Ce qui doit changer, c’est la dépendance à la disponibilité d’une seule personne. La connaissance doit sortir des têtes et devenir accessible en permanence. La vérification doit suivre un processus reproductible — indépendant de qui l’exécute.

Et le technicien, libéré des vérifications routinières, peut se concentrer sur ce qui demande vraiment du jugement : la relation client, les dossiers complexes, la coordination des parties. Comme nous l’expliquions dans Pourquoi votre étude a besoin d’un collègue virtuel, pas d’un outil .

C’est la direction dans laquelle le marché évolue. La question est de savoir qui va s’y positionner en premier.


Sources : Gouvernement du Québec , Robert Half Canada (2025, 2026) , Droit-inc , APCIQ (2025) , Clio Legal Trends Report (2025) , Thomson Reuters (2025) , Chambre des notaires du Québec .

#productivité #pratique notariale #recrutement #techniciens juridiques #IA notaire Québec